Des souris dans une chemise sale

Une chemise sale, un peu de blé et vingt et un jours d’attente auraient suffi à faire naître des souris. Au XVIIe siècle, le médecin Jean-Baptiste Van Helmont défendait cette idée. Elle paraît aujourd’hui invraisemblable, mais elle raconte un chapitre de l’histoire des sciences : celui de la génération spontanée. [1]

Dans Le Grimoire farfelu des croyances du Moyen Âge, Fulbert l’Hurluberlu en propose une version à sa façon. Un grenier, du linge douteux et quelques souriceaux lui suffisent pour se lancer dans une explication dont Ugoline, la chatte observatrice, n’est guère convaincue. Une aventure à lire dès 9 ans, entre odeurs suspectes et curiosité historique.

La génération spontanée pour expliquer une apparition

La génération spontanée désigne une ancienne théorie selon laquelle certains êtres vivants pouvaient apparaître à partir de matière non vivante, sans provenir d’autres êtres vivants. Son histoire traverse plusieurs époques et ne se limite pas au Moyen Âge.

Pour comprendre cette idée, imaginons un grenier où l’on découvre soudain des souris. On voit le grain, les vieux tissus et les animaux. On n’a pas forcément vu les souris entrer ni trouvé leur nid. L’explication peut alors porter sur ce qui est visible et laisser de côté ce qui s’est passé hors de notre regard.

Van Helmont et la génération spontanée

Au XVIIe siècle, Van Helmont soutenait qu’une chemise sale placée dans un récipient contenant du blé pouvait donner des souris après environ vingt et un jours. Louis Pasteur rapporte cette recette dans une conférence prononcée à la Sorbonne en 1864, où il conteste les arguments en faveur de la génération spontanée. [1]

Le grain ne se transforme pourtant pas en souris. La présence des animaux auprès de nourriture ou de tissus ne démontre pas qu’ils en sont issus. Le rapprochement entre ces éléments avait donné une explication spectaculaire à une apparition dont les étapes n’avaient pas été observées.

Fulbert découvre des souriceaux dans un grenier

Chez son ami Firmin Rongegrain, Fulbert découvre une chemise très sale et un fromage peu engageant. Quelques jours plus tard, des souriceaux sont là. Pour lui, le mystère est résolu : ce mélange les a fait naître. Ugoline, elle, a une autre idée sur ce qui a pu se passer. [2]

Cette scène est une fiction humoristique. Le fromage appartient à l’aventure de Fulbert ; la recette historique de Van Helmont associe une chemise et du blé. Philibert le Sérieux replace ensuite l’idée dans une histoire plus longue, où les explications se discutent et où les expériences apportent de nouveaux éléments.

Illustration humoristique de la génération spontanée avec les souris de Fulbert, pages 22 et 23 du Grimoire farfelu.

Pages 22 et 23 du Grimoire farfelu des croyances du Moyen Âge. Texte de Nathalie Defert, illustrations de Nicolas Vaast. © Éditions du Cabardès.

Ce que les expériences de Pasteur ont changé

Au XIXe siècle, le débat concerne notamment les micro-organismes. Pasteur utilise des ballons de verre au long col recourbé, appelé col de cygne. Après chauffage du liquide, l’air peut entrer, tandis que les poussières et les germes qu’elles transportent restent piégés dans la courbure. Le liquide demeure inaltéré tant qu’ils ne l’atteignent pas. [3]

Ces expériences permettent de distinguer l’arrivée de germes déjà présents dans l’environnement d’une prétendue apparition spontanée. Elles montrent aussi pourquoi il faut examiner les conditions d’une observation avant d’en tirer une conclusion.

Une drôle de découverte à partager dès 9 ans

L’épisode des souris donne à cette histoire une entrée pleine d’humour. L’enfant peut suivre les raisonnements de Fulbert, reconnaître une objection d’Ugoline et découvrir les repères historiques apportés par Philibert. La scène se lit pour ses personnages et ses surprises, puis invite à poursuivre la découverte.

Écrit par Nathalie Defert et illustré par Nicolas Vaast, Le Grimoire farfelu des croyances du Moyen Âge rassemble 96 pages d’aventures, d’illustrations et d’éclairages historiques. Licornes, dragons, loups-garous et autres croyances y attendent les lecteurs curieux dès 9 ans.

Pour prolonger la lecture en famille :

Comment aider son enfant à exercer son esprit critique avec les histoires

Sources pour prolonger la découverte

[1] Louis Pasteur — Conférence sur les générations spontanées, Sorbonne, 7 avril 1864, p. 2 de la traduction anglaise en ligne

[2] Nathalie Defert, illustrations de Nicolas Vaast, Le Grimoire farfelu des croyances du Moyen Âge, Éditions du Cabardès, 2026, p. 22–24.

[3] Institut Pasteur — La génération spontanée, le grand débat

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